Interview

MOUSSA CAMARA DGA de l’ANAIM « vu l’évolution des sociétés minières en République de Guinée l’OFAB a été érigé en une agence nationale qui est aujourd’hui l’ANAIM»

 Technicien chevronné, avec plus d’une trentaine d’années  d’expérience dans l’administration minière guinéenne, Moussa CAMARA, Directeur Général Adjoint de l’Agence Nationale d’Aménagement des infrastructures minières en abrégé  ANAIM, est l’un des rares cadres de notre pays, qui est minier de formation et qui a la maitrise de ce secteur. La Rédactions de votre quotidien électronique d’informations minières est allée à sa rencontre. Il s’est prêté à nos questions sur l’ANAIM et les projets de cette agence.

Nimba Gold.info : Quels sont les domaines d’intervention de l’ANAIM ?

Moussa CAMARA : Le domaine d’intervention de l’ANAIM est très vaste. Qui dit infrastructure minière dit installation technique de toutes les sociétés. Donc l’ANAIM son rôle essentiel d’abord c’est la gestion, le contrôle et la création des nouvelles infrastructures. Quelles soient ferroviaire, portuaire ou même terrestre.L’ANAIM est placée sous la tutelle du ministère des Mines qui a son autonomie financière et de gestion.

 OFAB entendez office d’aménagement de Boké qui se limitait seulement à la Zone de Boké. Cet office est remplacé par l’ANAIM  en 1992. A l’époque OFAB  travaillait seulement avec la CBG. Dites-nous quels sont les rapports entre  l’ANAIM qui prend une dimension nationale aves toutes les sociétés minières présentes en Guinée ?

 Le  rapport entre l’ANAIM et les sociétés minières évoluant sur le sol guinéen, c’est que toutes les sociétés qui ont des infrastructures pour lesquelles l’Etat investi, sont dans les portefeuilles de l’Etat automatiquement. Un exemple : la CBG. La Guinée avait contracté un prêt auprès de la Banque mondiale pour créer ce qu’on a aujourd’hui comme installation ferroviaire, la cité ouvrière, l’hôpital ainsi de suite à Kamsar pour la compagnie des bauxites de Guinée.

Par contre, Il y a d’autres sociétés qui ont des installations qui ne sont pas dans le portefeuille de l’ANAIM bien sûr.  Ce sont des sociétés qui sont à capital totalement privé comme la SMB, la SAG pour ne citer que ceux –là et ou la Guinée n’a que 15% dans chacune de ces entreprises. Donc les installations de ces genres de compagnies minières ne sont la propriété de l’Etat. Mais nous avons des rapports de collaboration avec toutes ces sociétés dans le suivi et le contrôle des installations et leur exploitation surtout.

L’Etat avait jugé nécessaire de créer d’abord l’ancêtre de l’ANAIM qui était OFAB, office d’aménagement de Boké qui  était juste circonscrit à la zone de Boké. Mais vu l’évolution des projets miniers, des sociétés minières en République de Guinée, l’OFAB a été érigé en une agence nationale qui est aujourd’hui l’ANAIM qui doit couvrir désormais toute les sociétés minières. Donc nous avons démarré avec la CBG,   Rusal Fria et la CBK. A date, toutes les infrastructures appartenant à la CBK ou exploitées par la CBK se trouve en concession  au même titre que la CBG.

 Nous avons déjà mis en place aussi une nouvelle politique. C’est que les nouvelles constructions des infrastructures telles que les ports ou les chemins de fer, dès leur construction tombent directement dans le portefeuille de l’Etat à travers l’ANAIM. Et les redevances qui sont payées par les sociétés pour l’exploitation de ces infrastructures, sont réunies pour rembourser d’abord l’investissement qui a été fait initialement par la société.

Quelles sont les chantiers de construction d’infrastructures minières à date auxquels l’ANAIM est associée ?

  A Boffa  on a déjà des contrats de construction d’un port sur le fleuve Fatala avec la société chalco. Et à Forécariah on a une convention de joint-venture avec Ashapura pour l’exploitation et la mise en état du terminal minier qui était dans la zone de konta (Forécaria). Et actuellement on est en train de réhabiliter complètement les installations portuaires : le convoyeur à bande, la chaine technologique est déjà rénovée entièrement .Tous les équipements qui étaient en arrêt depuis 7 ans, pratiquement les deux tiers ont été mis en état. On attend maintenant la séance de dragage pour que les bases commencent à circuler sur la Mélakoré là-bas.

Avec la SMB la collaboration  est au beau fixe. Dans la mesure où l’étude de faisabilité pour la mise en place de son chemin de fer 140 km programmé entre Dapilon- Santou au le Nord-ouest de Boké. Ce chemin de fer, on nous a envoyé l’étude de faisabilité, Et nous sommes en train d’examiner l’étude pour voir s’il y a des anomalies ou des corrections à faire avant que l’étude finale ne soit mise à disposition.

Il y aura une bretelle entre ce chemin de fer et le chemin de fer actuel de la CBG pour relier certaines sociétés connexes qui sont dans les environs du chemin de fer principal .Comme vous le savez dans le cadre de l’extension de la capacité de la CBG, nous sommes en train de dédoubler la voie au niveau du chemin de fer de la CBG. Toutes les grandes agglomérations Kamsar, kolabounyi on est en train de dédoubler la voie pour que la capacité puisse être portée au moins à 50 millions de tonnes par an.

La Guinée a opté pour la mutualisation des infrastructures minières, c’est-à-dire deux sociétés aux moins utilisent le même chemin de fer par exemple. Cette stratégie  a échoué dans d’autres pays. Est-ce qu’en Guinée cette politique est sur la voie de réussir ?

La mutualisation en question c’est une création de la Guinée. Parce que ça avait été essayé par la banque mondiale dans 3 ou 4 pays de la sous-région et  ça échoué. C’est seulement en Guinée que ça été une réussite. C’est une première.

Cette mutualisation a été entreprise depuis 2012 en Guinée .On avait déjà l’idée de voir comment mettre en commun les capacités financières et techniques des différentes sociétés minières sur la même infrastructure. Déjà nous on avait 145 km de chemin de fer depuis 40 ans qui sont exploités par la CBG, mais sous-exploité. Donc, on s’est dit qu’en augmentant la capacité de cette infrastructure deux sociétés pouvaient transporter par la même voie.

Donc on est entré en négociation d’abord avec GAC, la première société, ensuite RUSAL est venu. Au PK 15,  Rusal n’a eu qu’à faire 15 km de rails pour rencontrer le chemin de fer principal qui va à Sangarédi, c’est la même chose pour GAC.  GAC au PK 01, ils se sont accrochés directement pour rentrer dans leur cours de triage. Donc GAC utilise la même longueur de chemin que CBG à date.

 L’avantage de ça c’est quoi ? C’est que les couts sont partagés. C’est le premier avantage. Si par exemple on devait dépenser 4 millions de dollars. Au lieu que ça soit CBG qui dépense ces 4 millions, on  divise ce montant  par 3 proportionnellement à la longueur de la ligne utilisée par chacun. Si la CBG qui utilise la totalité de la ligne doit payer tel montant et que Rusal n’utilise que 145 km- 15km ça veut dire 130 km, il paie  proportionnellement pour les 130 km qu’il utilise.  La charge devient beaucoup plus petite. Les coups de production diminuent. C’est dans ce cadre-là, on a créé le concept de mutualisation et Dieu merci je pense que nous sommes sur la bonne voie.

  Au-delà du projet chemin de fer qui a été mutualisé rapidement, aujourd’hui, on est  train de vulgariser ce concept de mutualisation au niveau des ports. Le littoral guinéen n’est pas large 320 km, ce n’est pas long. On ne peut pas permettre à toutes les sociétés de  créer les micro-ports à tout moment. Donc, on a créé des zones, trois zones ; il y a le corridor central qui fait l’ancien chemin de fer Conakry-Niger, il y a le corridor du nord-ouest c’est la zone de Boké et le corridor du sud qui va être réalisé par les chinois dans le cadre du tans-guinéen qui passe par Faranah. Donc, toutes les autres sociétés vont faire des brettelles pour venir rejoindre ces trois corridors afin d’évacuer les minerais et en même temps du personnel et les marchandises.

 La banque mondiale, nous a financés, le plan directeur, le schéma directeur des infrastructures connexes aux mines. Mais qui vont être utilisés concomitamment par le transport de marchandise et du personnel donc nous sommes en synergie avec  le ministère du transport dans ce cadre-là. Vous le voyez déjà la suppression du Conakry-Niger ce que ça nous a amené comme problème. Première conséquence, non seulement l’environnement est touché. Deuxième conséquence, toutes nos routes sont défoncées aujourd’hui. Parce que tout ce qui devait être transporté par voie de chemin de fer est fait par les camions citernes et les routes n’ont pas été conçue pour les charge à l’issu aussi grande. Donc, aujourd’hui, c’est pourquoi la route nationale n°1  est complètement dégradée. Les gens pensent que c’est le travail qui est mal fait, non. Les calculs  non pas été fait en tenant compte des différentes charge à l’issu. Alors qu’avant c’est des wagons citernes qui transportaient  ces carburants  dans les dépôts qui existaient à l’intérieur du pays. Il y avait un dépôt à Mamou pour toute la moyenne Guinée et Un dépôt à Kankan pour  la Haute Guinée et  la foret. On avait moins de problème.

Comme  l’a dit le président Alpha CONDE, une négociation a été faite et  les montant sont déjà prêt pour réhabiliter ce chemin de fer Conakry-Niger. Si jamais on remettait ce chemin de fer en service, je crois que beaucoup de problème de la Guinée serait résolu rapidement même sur le plan électrique et du  transport.

 L’ANAIM n’a-t-il pas aussi un rôle à jouer pour la promotion du contenu local ?

Dans le cadre du contenu local, l’ANAIM intervient beaucoup. Sur le plan sanitaire, l’hôpital de l’ANAIM intervient beaucoup   . Lors de l’épidémie d’Ebola nous avons été l’une des premières structures à intervenir sur tous les plans. Nous avons offert des lits, des kits sanitaires à toutes les sous-préfectures de Boké   .  Egalement  sur le plan de la jeunesse, vous avez vu ça à la télé, nous venons de faire un  don à la jeunesse de Boké dans le cadre de l’assainissement de la ville de Boké, Kolaboungni, Kamsar et nous allons continuer crescendo. Ça ne serait pas seulement là-bas. Nous voulons étendre ça sur certaines villes minières telles que Boffa, Kankan, Kouroussa partout où il y a  des sociétés minières, on essaye d’aider les gens.

Pour les femmes aussi, on est en train de créer une structure  qui va aider les femmes à s’autonomiser en faisant des potagers et des salles de coutures. Le prochain projet que nous avons à cœur, c’est de donner des machines  à coudre aux jeunes femmes et aux jeunes filles de la zone de Boké.

A titre d’essai,  on a déjà donné des motos taxi à des jeunes et sur le système revolving. Si  La moto coute x francs  quand vous avez fini d’amortir le prix d’achat, la moto devient dans votre propriété et ce que vous avez fait rentrer, nous payons une nouvelle moto  que nous allons donner à un autre jeune.

Pour la zone de Kamsar, il faut reconnaitre que  toutes les centrales de filima les deux tiers, ont été achetées  par l’ANAIM. C’est vrai nous ne prenons pas les charges d’entretien ou des opérations, c’est la CBG qui le fait. Il y a un contrat entre la CBG et le ministère de finance par rapport à cela. Mais par contre à Kolaboungni nous supportons entièrement, l’entretien, l’achat des groupes et tout. Jusqu’à présent ça fait plus de deux ans et demi que Kolaboungni fonctionne normalement on n’a pas de problème.

Nous somme au terme de cet entretien quels messages avez-vous à faire passer ?

Le seul message que j’ai, c’est à l’adresse de la jeunesse, c’est de demander aux jeunes des différentes contrées de se former. Parce qu’on ne cesse de demander aux entreprises minières de privilégier l’emploi de nos compatriotes dans les sociétés. Mais S’ils(les jeunes guinées NDLR) n’ont pas la formation requise ça pose problème. Je donne un exemple : une grosse machine qui fait l’exploitation automatique de la bauxite qui coûte des millions de dollars. Tu ne peux pas prendre quelqu’un qui n’est pas formé et le mettre sur ça, il va te le casser en un jour. Donc il faut que les jeunes acceptent de se former. Au lieu que nos jeunes frères se mettent à crier on n’a pas d’emploi, ils  doivent exiger aux sociétés minières, la création des centres de formation là où elles opèrent. Cela est plus rentable que d’être utilisé comme manœuvre cela est temporaire. Mais quand le centre est là, tu es formé, tu as un métier. Même si la société s’en va, toi tu as un métier déjà. C’est l’avantage.

Je leur demande surtout de cesser les casses. Une fois de plus d’apprendre des métiers  et que s’ils ont des informations qu’ils souhaitent vérifier, nous sommes à leur disposition. Détruire le peu d’infrastructures  que nous disposions n’arrange pas notre pays .Nous devons nous donner les mains pour construire notre Guinée.

Entretien réalisé par Toumany CAMARA

Tel : 623-63-33-54

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