Actualité minière

Lucien Bendou GUILAO Directeur Général de l’ONFPP : « La SMB est une société minière responsable »

La société minière de Boké(SMB) a récemment signé avec l’Etat guinéen la convention d’exploitation des blocs 1 et 2 de Simandou. La SMB s’engage a privilégié le contenu local dans l’exécution de ce projet. Pour savoir la disponibilité  de la compétence nationale à répondre aux besoins de cette l’entreprise dans le cadre de l’exécution des travaux de Simandou, nous avons rencontré Monsieur Lucien Bendou GUILAO, Directeur Général de L’ONFPP. Il a bien voulu se prêter à nos questions.

Nimba gold.info : Monsieur GUILAO, dites-nous c’est quoi l’ONFPP ?

Lucien Bendou GUILAO :Merci de me donner l’occasion de parler de l’ONFPP sur votre média. L’ONFPP, c’est l’office national de la formation et de perfectionnement professionnel. C’est un établissement public doté d’une autonomie financière, sous la tutelle technique  du Ministère de l’enseignement technique de la formation professionnel et de l’emploi, et sous la tutelle financière du Ministère des finances.

L’ONFPP, c’est comme tout établissement public en charge d’appliquer la politique du gouvernement sur le plan de la formation  professionnelle et de l’apprentissage.

A ce titre l’ONFPP assiste les entreprises qui contribuent au financement de la formation professionnelle, assiste également les entreprises à identifier  et à élaborer le plan de formation qui correspond à leur besoin.

L’ONFPP participe aussi à mettre en place des programmes de formation et de perfectionnement dans les métiers pour les jeunes et les femmes sur toute l’étendue du territoire national. Dans l’objectif de les rendre plus compétitifs sur le marché du travail, ceux qui savent faire qui réussissent à avoir le boulot

Donc nous participons à l’amélioration des compétences de la main d’œuvre guinéenne à travers nos  programmes de formation et de perfectionnement. Nous conseillons et orientons les jeunes dans des filières porteuses d’emploi.

En résumé, nos cibles sont à la fois dans les entreprises formelles, c’est-à-dire le secteur privé guinéen et les entreprises informelles :  les associations de jeunes, les groupements productifs féminins, les artisanats etc.

D’où vient le financement des activités que l’ONFPP réalise sur le terrain ?

 Notre financement vient essentiellement des entreprises et de la subvention de l’Etat. Mais, le budget de l’ONFPP est financé à 99% par les entreprises qui contribuent à raison de 1,5% de leur masse salariale. Cette masse d’argent que nous  collectons auprès des entreprises est affectée  à la formation et au perfectionnement des employés de ces entreprises, une partie au fonctionnement de l’ONFPP et une autre qui va essentiellement à la formation et au perfectionnement des groupement de jeunes et des femmes, bref, de tout ce qui est nos cibles  du secteur informel.

Nous essayons de gérer cette cagnotte de façon équitable. L’équité est une des valeurs de l’ONFPP.

Globalement, Comment l’ONFPP est organisé ?

Nous avons un conseil d’administration, le conseil à trois collèges. Un collège de l’Etat, un collège des syndicats des travailleurs et un collège des entreprises. Et le fonds que nous récoltons est géré par un comité de gestion qui a  à sa tête une personnalité du secteur privé.

Nous nous s’intéressons à vous surtout par rapport au volet minier. La société Minière de Boké vient de signer une convention avec l’Etat guinéen pour l’exploitation des blocs 1 et 2 de Simandou. La SMB  dans sa déclaration a prévu d’accorder la  priorité à la main d’œuvre nationale dans les emploies  qui seront créés. Et vous avez la charge de la formation et le perfectionnement des travailleurs des entreprises. Comment vous  vous préparez  pour faire face à la demande de cette société, qui veut donner la chance aux guinéens de travailler dans l’exploitation de Simandou ?

Déjà, il faut rappeler que la Société Minière de Boké est une société partenaire de l’ONFPP, à jour de ses cotisations et qui ne bénéficie d’aucune exonération de la contribution à la formation professionnelle. Cela est important à préciser.

Mais  pour travailler avec les entreprises, l’ONFPP  fonctionne sur la base d’une demande. La SMB sait ce que vaut l’ONFPP, ce que l’ONFPP peut l’apporter. La société a le droit de poser le problème, d’émettre la demande. Et c’est à partir de cet instant en fonction des moyens que l’office dispose, nous pouvons mettre en place des programmes de formation en direction des jeunes.

Dans le cadre de Simandou, je pense que le dialogue est important entre la SMB et l’ONFPP. Il faudrait que les sociétés minières comme la SMB sachent qu’en matière d’expertise, les institutions publiques et parapubliques telles que l’ONFPP, ont les compétences qu’il faut pour former le maximum de jeunes à moindre coût.

On peut facilement mettre en place au niveau de la zone de simandou des programmes d’apprentissages pour que les jeunes puissent apprendre des métiers liés à l’industrie minière de la Zone. Et qu’à la fin de cet apprentissage ces jeunes soient absorbés par l’industrie minière. Il  va s’agir d’identifier les besoins qu’il faut. Et ça, on ne peut le faire qu’avec la SMB.

On peut aussi faire la logique inverse, c’est-à-dire, nous nous allons vers la SMB. Nous disons à la société, compte tenu de ce qui va arriver. Nous avons un programme d’insertion des jeunes par l’apprentissage à  disposition. On pourrait aller en partenariat sachant que l’ONFPP n’a pas énormément de ressource.

Toujours dans ce projet, la SMB s’engage  a octroyé un grand pourcentage des marchés de sous-traitances aux entreprises locales. Est-ce que déjà,  vous avez reçu des demandes des sociétés locales dans le cadre de la formation ou le perfectionnement de leur personnel ?

Les sous-traitants miniers en général, surtout les sociétés locales, nous avons l’impression qu’elles ne connaissent pas l’existence de l’ONFPP. Il y a effectivement, un problème à ce niveau.

 Il arrive souvent que les sociétés minières se trouvent dans l’obligation de passer les contrats de sous-traitance aux entreprises étrangères, compte tenu de la faiblesse de la compétence locale. Alors qu’on a la ressource humaine qui est présente. Il suffit de créer les moyens qu’il faut  pour leur apporter les compétences qu’il faut.

Pour cela, Il nous faut aller avec les sociétés minières en cofinancement ou en financement intégral pour  apporter l’expertise qui manque aux entreprises locales. A la fin ces sociétés de sous-traitances locales auront le niveau requis pour postuler à des marchés de fourniture de bien et de service.

Il y a une enquête qui a été faite ici. Une enquête commanditée par le ministère des mines. Le constat qui a été fait suite à cette enquête, est que sur 100F de valeur ajoutée,  gagnée en Guinée, les entreprises exportent les 60f ou 70f qui vont ailleurs. Ces 60F ou 70F ce n’est pas qu’elles prennent comme ça et les envoyer. C’est que, le personnel qu’elles paient est étranger. Donc, ça va en salaire des fournisseurs étrangers. Ça va en paiement de facture, des services qui  sont étrangers.

Donc, il y a 70%  qui auraient pu rester en Guinée si on avait les ressources humaines compétentes ou des sociétés de sous-traitance qui respectent toutes les normes.

Nous croyons que dans le cadre de la responsabilité sociétale ou du contenu local, les sociétés minières doivent participer aux financements des programmes de formation ou de perfectionnement des entreprises sous-traitantes. si on veut en tout cas progresser.

 L’ONFPP tout seul ne peut pas financer tous les besoins de formation qui s’expriment aujourd’hui sur le terrain. Surtout  plusieurs sociétés minières sont exonérées, à ce jour, au paiement de la contribution à la formation et le perfectionnement professionnel. Les activités que nous avons réalisées dans certaines zones minières c’est grâce à la contribution des sociétés qui sont à jour de leur cotisation comme la SMB. On a formé des femmes à Boké avec des sous qui nous ont été donnés par les entreprises minières qui contribuent. Donc y compris la SMB.

Et sur le plan national, On a formé 7000 à 8000 femmes. On  les a rendus autonome grâce à l’apprentissage des activités génératrices de revenu.

 Aussi, nous recevons des travailleurs des entreprises à jour de leur contribution, pour rehausser le niveau. Mais le problème qui se pose. Il y a des entreprise minières qui sont exonérées du paiement de la contribution à la formation et le perfectionnement professionnel  et qui ont le plus besoin de personnel compétent .Elles vont sur le marché de l’emploi, débaucher les employés qui ont été formés ou perfectionnés par l’ONFPP  grâce à la contribution des entreprise à jour de leur cotisation. Cela est inéquitable.

Est-ce- que la SMB n’est pas entrain dans ce cas de  contribuer en lieu et place des autres entreprises ?

Non. La SMB fait ce qu’elle doit faire en fonction de sa masse salariale. Elle ne fait pas en lieu et place des autres.

Mais avec ce qui se passe sur le terrain, la SMB forme des gens qui peuvent être employés par les sociétés qui sont exonérées ?

Absolument, ce n’est pas que la SMB, c’est toutes les entreprises parmi elles il ya  une centaine  qui sont à jour de leur contribution. Et nous en retour, elles nous  soumettent des plans de formation pour leurs propres employés que l’ONFPP cherche à satisfaire.

 Mais, il est bon de rappeler qu’il y a d’autres entreprises minières qui auraient pu faire pareil, mais qui ne le font pas. Tout simplement parce qu’elles se cachent derrière leur convention spéciale. Juste pour ne pas payer la contribution à la formation professionnelle. C’est inadmissible.

Et je pense que de ce côté, l’Etat doit revoir. On ne dit pas de bousculer les gens. Mais, c’est d’appeler ces entreprises, discuter et voir dans quelle mesure, elles pourraient apporter un plus au dispositif de financement de l’ONFPP.

Le code minier exige aux entreprises minières de collaborer avec l’ONFPP pour la formation ou le perfectionnement de leurs employés. Vous avez parlé de la SMB qui est en règle avec  vous. Mais demain, elle peut aussi se soustraire au paiement de la contribution à la formation en se mettant dans la même logique de celles qui sont exonérées. Pour vous, qu’est qu’il faut aujourd’hui  dans le but d’amener toutes les entreprises minières de s’acquitter de cette contribution ?

Puisque vous prenez l’exemple sur la SMB. Sachez que la SMB est une société responsable .c’est une société qui n’a pas de convention spéciale. Elle s’intègre dans le code minier qui est déjà un bon code minier. La SMB suit les recommandations du code minier.

Mais il y a d’autres entreprises minières qui se soustraient des dispositions du code minier juste pour gagner un peu plus d’argent. Ça c’est mon sentiment, c’est le sentiment de l’ONFPP.

A partir de l’instant ou le code minier est bon. On ne voit pas pourquoi on mettrait des conventions spéciales.

Votre mot de la fin pour boucler cet entretien ?

C’est de dire aux entreprises, le système de financement de la formation professionnelle dans un pays, que ce soit en Guinée ou ailleurs, est assuré par les entreprises. L’Etat tout seul ne peut pas financer tous les besoin en formation.

 C’est à travers des contributions  ou des taxes parafiscales à la formation professionnelle et à l’apprentissage qui permettent  ce système de vivre.

Mais si on soustrait les entreprises qui peuvent apporter le plus en termes de financement de la formation professionnelle, on coupe les branches qui supportent les structures  chargées d’appliquer la politique de l’Etat dans ce domaine.

Je lance  un appel à la fois à aux entreprises qui sont exonérées et au gouvernement, de revoir un peu ce système. On peut admettre dans tous les pays au monde qu’une entreprise bénéficie l’exonération momentanée pour 1 an, 2 ans, 3 ans. Mais des entreprises qui sont exonérées 15 ans, 20 ans voire même 60 ans. Ce n’est pas normal.

Il faudrait que ces entreprises participent à la formation et au perfectionnement de ses clients qui sont les sociétés sous-traitantes locales. Ces sous- traitants  emploient souvent des jeunes qui sortent de l’université ou des centre de formation aux quels l’ONFPP donne des formations supplémentaires.

Et si ces jeunes ne sont pas à la hauteur. Qu’est ce qui va se passer ? On va aller chercher des jeunes dans les pays en face. Surtout que dans le cadre de la CEDEAO, on a la libre circulation des personnes et des biens. Rien n’interdit à un ivoirien, à un sénégalais ou à un burkinabé de venir travailler chez nous. Comme rien n’interdit à un  guinéen d’aller travailler chez eux. Mais si le guinéen qui va là-bas, n’est pas à la hauteur, il y a problème. Ou si le sénégalais ou l’ivoirien ou le burkinabé qui vient ici est au dessus du jeune guinéen, les entreprises vont faire le meilleur choix.

Merci Mr GUILAO de vous avoir prêté à nos questions

Merci beaucoup à vous aussi

Entretien réalisé par Toumany CAMARA

Tél : 623-63-33-54

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