Actualité minière

Les mines en Guinée selon le candidat Abe Sylla ou la grande utopie (Par Saadou Nimaga)

Dans le journal de campagne du mercredi 23 septembre 2020, le candidat Ibrahima Abe SYLLA a axé son intervention sur les mines, avec un accent particulier sur la filière bauxite-alumine-aluminium. Ce qui est remarquable dans cette intervention du candidat Abe SYLLA, c’est le ton grave et une volonté d’effrayer son auditeur ou spectateur, en faisant croire qu’il évoque une situation grave dénonçant l’exploitation de la bauxite brute comme un scandale.

Mais au-delà du ton, le point le plus problématique de l’intervention de ce candidat est dans les chiffres auxquels il fait référence, des chiffres scandaleusement inexacts et fantaisistes. 

Faisons un peu d’arithmétique pour les nuls !

Monsieur Abe SYLLA propose de réduire la production de bauxite à 20 millions de tonnes ! Comment avec cette production de 20 millions de tonnes de bauxite même transformées en alumine, il a pu obtenir le chiffre de 3.5 milliards  de dollars dans les caisses de l’Etat, avec une production de 20 millions de tonnes de bauxite transformées en alumine. Quand on considère que pour produire une tonne d’alumine, il faudrait environ 2.5 à 3 tonnes de bauxite (dépendant de la teneur de la bauxite transformée), les 20 millions de bauxite donneront sur une base de 2,5 contre 1, une quantité d’alumine égale à 8 millions de tonnes. L’alumine étant cotée à la bourse sur le London Metal Exchange (LME), la tonne d’alumine à la date du 24 septembre 2020 est vendue à 300 dollars la tonne. Ainsi, à supposer que l’on produise les 8 millions de tonnes d’alumine, la valeur ou le chiffre d’affaires global sera justement autour de 2,4 milliards de dollars. Même le montant de 2,4 milliards qui constitue le chiffre d’affaires des 8 millions de tonnes d’alumine est en deçà des fameux 3,5 milliards de dollars de M. Sylla. 

Dans ces 2,4 milliards  de dollars, lorsque l’on fait tous les calculs, liés notamment aux coûts d’exploitation, à l’amortissement de l’investissement et en prenant en compte ce que l’investisseur lui-même devra gagner, que Monsieur SYLLA nous dise comment l’Etat peut se retrouver avec tout le chiffre d’affaires d’une société. 

Qu’on nous l’explique ! D’ailleurs, Monsieur SYLLA parle tantôt de 3 milliards cinq cent millions tantôt de 8 milliards. Les 8 milliards viennent également d’où ? 

Pour rappel, pour encourager la transformation de la bauxite, notre code minier a exonéré l’investisseur du paiement de la taxe à l’exportation sur l’alumine et a réduit les droits de douane.

C’est important de souligner que dans cette hypothèse, ce montant ne prend pas en compte les coûts de production et l’ensemble des autres frais (les remboursements des prêts pour l’investissement, les salaires, l’énergie, les matières premières telles que la soude caustique, le transport, …). A chacun de faire son calcul mathématique sur ce qui reviendrait éventuellement à l’Etat.  Toujours dans la même logique de M. Sylla, si nous partons d’une hypothèse d’école selon laquelle, il peut exister des raffineries ultra-performantes qui génèrent un bénéfice égal à 50% de leurs chiffres d’affaires (ce qui n’existe nulle part dans le monde), le bénéfice des sociétés sera de 1.2 milliard. Ce bénéfice taxé à trente pour cent (30%) au titre du BIC (bénéfice industriel et commercial) donnera un impôt égal à 360 millions de dollars.   Ce qui est dix fois inférieur au chiffre de 3.5 milliards avancés par M. Sylla, un chiffre qui pour nous n’est qu’une vue de l’esprit.

Pour notre part, on peut se réjouir de constater que la bauxite est devenue le sujet de prédilection de tous les soi-disant spécialistes miniers. Avant l’élection du Président Alpha Condé en 2010, personne n’a utilisé son expertise pour aider le pays à produire de la bauxite. A part ce qui est dans les manuels scolaires qui enseignaient que notre pays est un scandale géologique détenant à lui seul les deux tiers de réserve de bauxite du monde, personne ne parlait de bauxite, de son exploitation et encore moins de sa transformation; la réalité était que notre pays était plutôt un scandale de pauvreté. Notre pays produisait entre 15 et 16 millions de tonnes par an soit moins de 7% de la production mondiale par la CBG et CBK qui sont respectivement entrées en production en 1973 et 1974. C’est la politique minière actuelle qui a mis fin à 41 ans de disette avec l’entrée de nouvelles sociétés en production (SMB, GAC, Alufer, Chalco…). 

Ce qui a fait passer la production de 19 millions de tonnes en 2015 à 66 millions de tonnes exportées en 2019 et non les 80 évoqués par M. Sylla que nous invitons à prendre dorénavant soin de consulter le site web du Ministère des Mines et de la Géologie. 

Il ne fait nullement allusion à la production de l’or qui est passée de 254.000 Onces (Oz) en 2010 à 580.000 Oz en 2017 et l’artisanat à 440.000 Oz en 2019. Ce qui contribue à créer la classe moyenne car cette production artisanale provient uniquement des guinéens et ne profite donc qu’aux guinéens. C’est pourquoi le Président a suspendu les taxes sur l’exportation de l’or artisanal dont la valeur d’exportation est d’environ 1 milliard de dollars par an et participe à l’instar des autres secteurs de l’économie nationale au renforcement des réserves de change du pays qui sont passés de moins d’une semaine d’importation à plus de trois mois. 

Le fait d’avoir atteint ce niveau de production, il y pas moins de 8 projets de raffineries dont certains en phase d’études de faisabilité avancées.

Par ailleurs, Il faudra rappeler à M. Sylla que les principaux concurrents de la Guinée sur le marché de la bauxite sont des pays développés et d’autres grands pays tels que l’Australie qui est le premier producteur mondial devant la Chine. Il faut que l’on sorte des illusions et que l’on revienne aux faits rien que les faits. Ce qui aidera notre pays d’aller de l’avant.  

Aussi, il est important pour les guinéens que M. Sylla précise l’origine des 20 Méga Watt de gas comme source d’énergie pour la transformation de la bauxite en alumine. 

Quant à l’aluminium, M. Sylla, s’engage à produire 10 millions de tonnes quand on sait que la production mondiale de ce métal en 2018 était selon US Geological Survey de 60 millions de tonnes dont plus de la moitié produite en Chine avec 33 millions de tonnes, vient ensuite la Russie avec 3.7 millions de tonnes, l’Inde avec 3.7 millions de tonnes, le Canada avec 2.9 millions de tonnes, l’Australie (premier producteur mondial de bauxite) avec 1.6 millions de tonnes et les États-Unis avec 890.000 tonnes. Chacun peut faire sa propre analyse sur les 10 millions de tonnes de M. Sylla. Il convient de  rappeler qu’un pays comme le Canada membre du G7 qui ne produit que 2.9 millions de tonnes dispose en 2015, selon la Régie de l’énergie du Canada, d’une capacité de production hydroélectrique de 79.313 méga watt (hors autres sources d’énergie), soit 10% de la production hydroélectrique mondiale. Chacun n’a qu’à tirer ses propres concluions de ces promesses de rêve. 

Sur les chiffres annoncés par Monsieur SYLLA, même si les 8 millions de tonnes d’alumine étaient transformées entièrement en aluminium en Guinée, l’on serait à environ 3,5 millions de tonnes d’aluminium (avec le ratio de 2,5 tonnes d’alumine pour une tonne d’aluminium). Même si le prix de l’aluminium était à 2 000 dollars par tonne, le chiffre d’affaires global sera autour de 7 milliards de dollars dans lesquels, il va falloir enlever les coûts d’exploitation, l’amortissement et la part de gain de l’investisseur. Ce qui reste comme taxe et autres avantages pour la Guinée et les guinéens n’atteindra jamais les 8 milliards de dollars dans la mesure où le chiffre d’affaires même est en deçà de ce chiffre.

Alors, l’on est en droit de se poser la question sur la crédibilité des chiffres annoncés par M. Abé Sylla. Comme le fait le Prof. Alpha Condé, ayons toujours le courage de dire les réalités et définir les mesures pour corriger les lacunes. C’est par ce que le Président de la République a compris et reconnu les faiblesses que certains résultats ont été obtenus dans le secteur minier de notre pays qui est cité en exemple dans le monde entier en termes de dynamisme dans le secteur minier. Le Président de la République a très vite pris conscience des défis et il a instruit son Gouvernement pour conduire des stratégies en vue de relever ces défis.

Aujourd’hui, les ressources financières issues du secteur minier réparties à toutes les communes du pays par l’Etat sur initiative du Président de la République de Guinée a permis entre 2019-2020, la construction à travers le pays de 199 écoles, 153 centres de santé, 149 mairies et maisons d’accueils, 93 maisons de jeunes, des forages hydrauliques, aménagements agricoles, étant entendu que le choix des projets relève uniquement des communes. C’est un résultat certes insuffisant compte tenu de l’état dans lequel, le pays était en 2010, mais le progrès continue d’année en année au profit des populations. 

Comme on le constate le ton grave utilisé par Monsieur SYLLA manque de sincérité et les chiffres énoncés sont inexacts et fantaisistes.

Il faut le rappeler et Monsieur SYLLA le sait bien, aucun pays minier n’a commencé son développement par la transformation locale des produits. Il y a toujours un début qui est l’extraction de la matière première. Sauter cela et commencer à tenter d’effrayer les populations sur la gravité d’une étape qui est le passage obligé, c’est vouloir tromper les populations sur le schéma classique du développement des pays miniers.

En plus des sociétés arrivées à la phase d’exploitation, il y a beaucoup qui sont à des phases avancées d’étude de faisabilité de projets de la transformation locale notamment de la bauxite en alumine. Aussi, des efforts ont été engagés et des résultats palpables ont été obtenus dans le sens de la sauvegarde des intérêts de l’Etat qui avaient été bradés. De même, des solutions ont été trouvées pour le cas d’autres sociétés qui ont été laissées dans un état comateux qui les condamnait à la fermeture comme FRIGUIA qui, faute d’investissement, a dû être temporairement fermée avant d’être rouverte grâce à la diplomatie économique et active du Président de la République, le Pr Alpha CONDE. 

En fait, dans le secteur minier, l’enjeu pour la troisième République était de faire renaître un secteur minier aux abois et pour la gestion duquel, les dysfonctionnements étaient devenus chroniques. La situation était d’une gravité telle qu’aucun résultat ne pouvait être recherché avant de corriger les lacunes qui gangrénaient le secteur. De cela, Monsieur Abe SYLLA ne fait aucune mention, alors que cela relève d’un secret de Polichinelle. Il oublie de dire également que quarante-une longues années étaient passées sans qu’aucune nouvelle mine de bauxite n’entre en production alors que ce secteur a connu, à des moments de cette période, une montée fulgurante du prix de la bauxite et de ses dérivés.

Afin de corriger cette situation, le Président Alpha CONDÉ a jugé nécessaire d’engager des réformes en profondeur qui ont abouti à des résultats concrets. 

L’un de ces résultats est la présence massive de la bauxite guinéenne sur le marché mondial, première étape du développement minier dans ce secteur particulier.

Tous les amis de la Guinée se réjouissent du fait qu’après une longue période (plusieurs décennies) nous avons réussi à briser l’obstacle de la production de la bauxite par l’ouverture de nouvelles mines ; la prochaine étape demeure la transformation locale de la bauxite et la maximisation du contenu local.

S’agissant de la transformation de la bauxite en alumine, Monsieur Abe en tant que spécialiste de l’énergie sait mieux que quiconque que cette étape reste tributaire de nombreux facteurs exogènes dont le plus important est la question énergétique.

Qu’on n’induise pas nos populations en erreur.

Personne ne conteste l’importance de la transformation et personne ne la néglige. Mais que l’on ne profite pas de l’enthousiasme d’une campagne électorale pour faire passer des inexactitudes. 

Les efforts fournis dans le secteur sont reconnus aujourd’hui sur le plan international. N’ayons pas le complexe de le reconnaître même si celui qui s’exprime est un opposant.

Le montant de plus de 500 millions de dollars n’est pas petit au regard du fait que la production vient de commencer et les sociétés n’ont pas encore fini d’amortir les énormes investissements effectués. Les seuls revenus consistants tirés de l’activité viennent essentiellement de la taxe minière.

La transformation locale ne pouvait être envisagée sans production et cette transformation suivra inéluctablement.

(Par Saadou Nimaga)

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